Jesuis comme le roi d'un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant trĂšs vieux, Qui, de ses prĂ©cepteurs mĂ©prisant les courbettes, S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bĂȘtes. Rien ne peut l'Ă©gayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade Ne distrait plus le front de ce cruel malade ; Son Jesuis comme le roi d’un pays pluvieux 10 diciembre 2017 Ainsi commence ce poĂšme, l’un des quatre “Spleen” de la section “Spleen et IdĂ©al” des Fleurs du Mal de Baudelaire. S’il peut paraĂźtre enviable au commun des mortels “d’ĂȘtre le roi”, la peinture que nous fait Baudelaire de ce royaume nous en fera rapidement passer l’envie. Voiciquatre problĂ©matiques possibles Ă  l’ oral de français sur le poĂšme « Spleen IV » de Baudelaire. Pour rappel, je vous ai proposĂ© le plan de commentaire suivant pour « Spleen » : I – La description d’un Ă©tat moral. II – Les caractĂ©ristiques du spleen baudelairien. III – Une souffrance insurmontable. Spleen: Je suis comme le roi d'un pays pluvieux; Spleen : PluviĂŽse, irritĂ© contre la ville entiĂšre; Spleen : Quand le ciel bas et lourd pĂšse comme un couvercle; Sur Le Tasse en prison; Tous imberbes alors, sur les vieux bancs de chĂȘne; Tout entiĂšre; Tristesses de la lune; Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle; Un voyage Ă  CythĂšre Lenom des Ăźles viendrait d’ailleurs du mot «mouton» (faer en norrois), comme quoi ils sont vraiment indissociables de la culture fĂ©roĂ©enne !Au XIeme siĂšcle, le christianisme est introduit sur l’üle par le chef viking Sigmundur Brestisson, envoyĂ© par le roi de NorvĂšge Olaf 1er, qui conquiert l’archipel et le place sous domination norvĂ©gienne, le restant jusqu’en 1386. oNozj. [Edimbourg] Je suis comme le roi d'un pays pluvieuxNo matter what we breed, we still are made of greed Lazarus O'DohertyWatch this madness burning out the way Sous-espĂšce Walker Berger MalinoisCapacitĂ© particuliĂšre //Sur l'Ăźle depuis Quelques mois dĂ©but 2021Situation maritale un mariage jamais vraiment terminĂ© et une douce blonde en train de lui voler son coeurJob aucun encore, le temps de se remettre de ses Ă©motionsQG RĂ©apparu en Ecosse, il erre Ă  Edimbourg depuis que la brume l'a recrachĂ©Alignement neutre, il veut juste la paix pour lui et les siensCopyright //Messages 13Date d'inscription 01/05/2021Sujet [Edimbourg] Je suis comme le roi d'un pays pluvieux ★ Mer 26 Mai - 1132 Une destinĂ©e un peu funĂšbre quand t'as personne sur qui compter; caresser les tĂ©nĂšbres c'est peut-ĂȘtre apprendre Ă  les dompterthe song & the song & the songft Esther McGuinnessLook, mom, a doggo » La mĂšre de famille tourna la tĂȘte, jappa comme une bĂȘte frappĂ©e, et attrappant sa progĂ©niture, partit dans l’autre sens Ă  grandes enjambĂ©es. Et lui resta lĂ , sac Ă  puce Ă©chouĂ© sur le pavĂ©, grands yeux tristes contemplant un monde qui pour une moitiĂ©, le craignait, et pour l’autre, l’évitait comme la pauvre bĂȘte qu’il fallait reconnaĂźtre qu’il semblait tout droit sorti de l’enfer, tout en nerfs et en muscles, sec et osseux, ses cĂŽtes dansant sous le pelage sale Ă  chaque pas. Depuis combien de temps la brume l’avait-elle recrachĂ©, sale et Ă©tourdi, comme si mĂȘme elle s’était trouvĂ©e incapable de le digĂ©rer ? Lui-mĂȘme n’aurait su le dire. Il ne savait mĂȘme plus qui il Ă©tait, ni mĂȘme ce qu’il Ă©tait. Il sommeillait sous l’instinct, quelque chose de plus profond, de plus complexe, mais son ĂȘtre tout entier avait Ă©tĂ© si profondĂ©ment blessĂ© dans sa chair et dans son Ăąme que tout avait Ă©tĂ© enfoui profondĂ©ment au point qu’il ne subsistait plus que cet irascible instinct de survie. Le reste de l’histoire n’avait Ă©tĂ© qu’errance et violence. Animale ou humaine. Survivre Ă©tait un combat de tous les jours dont il portait les traces sanglantes Ă  mĂȘme la peau, couvrant des plus anciennes qui peinaient Ă  se refermer. Il Ă©tait devenu un de ces chiens de rues, grand Malinois de charbon et de colĂšre, la babine levĂ©e en avertissement il restait derriĂšre cette survie de violence et de souffrance quelque chose de doux, qui mourrait un peu plus Ă  chaque coup de pied, mais refusait de crever totalement. Alors cette nuit-lĂ , quand rassemblĂ© en une boule frissonnante il vit la carrure menaçante d’un homme hanter les pas d’une innocente, il se rĂ©veilla en lui cette Ă©tincelle mourante. Redressant sa carcasse douloureuse, il se glissa entre les ombres, complĂ©tant cette Ă©trange cohorte d’une proie, son prĂ©dateur, et le prĂ©dateur de celui-ci. Au tournant mal Ă©clairĂ© de la rue, la bĂȘte humaine choisit son moment. Mais il n’eut que le temps d’attraper le bras de la frĂȘle blonde sur laquelle il lorgnait d’un Ɠil torve. Trois foulĂ©es longues, et le Berger bondit dans une dĂ©tente presque surnaturelle ; les crocs s’enfoncĂšrent dans le bras du monstre comme un couteau dans du beurre, le poids de l’attaque l’arrachant Ă  sa prise sur la jeune femme tandis que le chien le tractait en arriĂšre. Il vit le couteau trop tard. AveuglĂ© de douleur, l’homme ne fit qu’une longue estafilade sanglante de plus dans le pelage charbonnĂ©, mais de surprise le chien lĂącha sa prise dans un jappement de douleur. L’autre recula, l’avant-bras lacĂ©rĂ©, profĂ©rant une flopĂ©e d’insultes, mais devant les crocs retroussĂ©s dĂ©goulinant de son sang frais, choisit la voie la plus sage et dĂ©tala sans demander son reste. Le Berger se retourna vers l’humaine derriĂšre lui. Les flancs battant de l’effort qui en avait demandĂ© trop Ă  un organisme Ă  bout, les babines rouges de sang de la morsure dont il avait encore le goĂ»t sur la langue, il devait ĂȘtre une vision encore plus improbable qu’à l’origine. Semblant satisfait qu’elle allait bien, il s’ébroua et sans une considĂ©ration de plus, repartit dans la direction opposĂ©e Ă  pas lents. ​CODAGE PAR AMIANTE Esther McGuinnessWatch this madness burning out the way CapacitĂ© particuliĂšre L'art de survivreSur l'Ăźle depuis Juillet 2020Situation maritale CĂ©libataireJob InfirmiĂšreCommunautĂ© Sans communautĂ© Ă  l'heure actuelleQG Edimbourg, Nord d'AlbionAlignement NeutreCopyright / Tumblr / BazzartDCs Riley O'Doherty ★ Alec Gudrunarson ★ Lyov Van Wesel ★ Elizabeth Donovan ★ Zebadiah H. Dockery ★ Nyx Somerset ★ Archibald Eros » RossiMessages 17Date d'inscription 27/03/2021Sujet Re [Edimbourg] Je suis comme le roi d'un pays pluvieux ★ Mer 26 Mai - 1308 Le teint blafard abĂźmĂ© par la vie, habitĂ© par le doute, J'avance plein phares dans la nuit pour te trouver sur ma routethe songLe pas saccadĂ©, elle referme Ă©troitement son manteau sur sa carcasse fine, les mains enfoncĂ©es dans ses poches, frissonnante malgrĂ© le soleil ayant Ă©clairĂ© sa journĂ©e. Mars est lĂ . Le soir aussi. L’humiditĂ© reste accrochĂ©e dans l’air, le vent frais balayant son visage et la laissant frigorifiĂ©e. Son petit mĂštre soixante-trois rehaussĂ© par des petits talons claquant sur la route, les pavĂ©s, les trottoirs mal Ă©clairĂ©s, elle n'a qu'une hĂąte rentrer. EpuisĂ©e par de nombreux aller-retours bien qu’elle ne se plaigne jamais ouvertement, elle aspire Ă  se mettre sous sa couette, priant pour ne pas Ă  avoir attendre un autre lendemain comme la veille – priant pour Ă©chapper aux cauchemars, comme toujours. Prise dans ses pensĂ©es – prise dans sa peine, elle n’entend pas les pas qui la suivent, elle ne sent pas le regard torve de ces loups affamĂ©s qu’elle soigne pourtant tous les jours dans l’hĂŽpital de fortune que les gens d’Albion sont venus Ă  reconstruire. Non. Parce que son regard s’arrĂȘte sur autre chose. Sur un Ă©difice qui la hante. La CathĂ©drale Saint-Gilles. Ou du moins, ce qu’il en Ă©tait arrivĂ©e sur l’üle il y avait plusieurs mois maintenant. L’étĂ© frappait tout juste, elle se souvenait des vagues qui s’accrochaient aux cailloux et aux rochers. Elle ne savait pas comment elle avait atterrit lĂ , les pieds dans le sable, la brume reculant derriĂšre elle, la laissant esseulĂ©e prĂšs de Dundee, le soleil miroitant sur le clapotis des vagues calmes. L’esprit tout aussi embrumĂ© que les alentours, elle s’était par la suite rĂ©veillĂ©e dans un lit qui n’était pas le sien, dans une petite maison de pĂȘcheur. La famille qui l’avait recueillit lui avait aimablement expliquĂ© la situation et l’avait aidĂ©e de leur mieux, lui prodiguant un abri durant les premiers mois, avant qu’elle ne se dĂ©cide Ă  faire partie de la sociĂ©tĂ© Ă  son tour. C’est sur les conseils de ses sauveurs qu’elle Ă©tait partie Ă  Edimbourg Ă  la recherche d’un emploi. Ce qui l’avait frappĂ©e en premier n’avait pas Ă©tĂ© de voir des gens aussi perdu qu’elle. Non. Cela avait Ă©tĂ© 
 Le calme. Le calme et ce bĂątiment, Ă  moitiĂ© ravagĂ©. Sans comprendre, elle avait senti dans son coeur une fracture se faire Ă  la vue de ces vitraux brisĂ©s, elle avait voulu se jeter sur les pierres et implorer pardon, hurler sa peine en silence, sa main serrant la petite croix en argent se balançant au bout de la chaĂźne entourant son cou qu'elle avait gardĂ©. Et depuis, le sentiment Ă©tait restĂ©. La sensation intolĂ©rable revenait Ă  chaque fois qu’elle voyait un de ces gosses des rues misĂ©rables, la gueule fracassĂ©e, et c’est certainement pour cela qu’elle s’était proposĂ©e pour devenir infirmiĂšre. Panser les coeurs. Les cicatrices. Ramener un peu d’espoir. Un sourire. D’autant plus qu’il lui semblait avoir des connaissances qu’elle ne ne souvenait plus possĂ©der et, miraculeusement, le temps avait fait plus ou moins le geste, elle remet une des mĂšches de ses cheveux blonds Ă©chappĂ©es de son chignon lĂąche qui vient lui manger le visage, reprenant son chemin. Bien que la cathĂ©drale la fascine, elle l’effraie toujours tout autant, surtout la nuit. Elle n’a jusque lĂ  jamais eu de problĂšme mais 
 Elle ne sait pas. Elle a vĂ©cu la violence. Elle la vit tous les jours, quand les nouveaux arrivants explosent de colĂšre et d’incomprĂ©hension. Quand des crĂ©atures arrivent, certaines mutilĂ©es ; quand elle croise leurs yeux qui la toise avec mĂ©fiance. En elle, quelque chose meurt, Ă  chaque seconde. Et pourtant 
 Pourtant, quelque chose se bat, encore. Resserrant Ă  nouveau son petit manteau, elle passe son chemin, tournant au coin de la rue pour arriver dans la sienne, pleine de couleurs dĂ©sormais dĂ©lavĂ©es pour la majoritĂ© – Victoria Street. Elle avance, un pas aprĂšs l’autre, jusqu’à ce que finalement un frisson de peur ne la fasse crier – parcourant son Ă©chine Ă  la vitesse de la lumiĂšre, elle se sent tirĂ©e en arriĂšre, son bras emprisonnĂ© dans un Ă©tau et son palpitant reprend un rythme affolĂ©. La suite, elle ne le comprend pas trĂšs bien. Le retour Ă  la rĂ©alitĂ© est brutal, violent, elle n’a que le temps de se retourner, trĂ©buchant Ă  moitiĂ©, quand elle entend le hurlement de douleur de l’homme qui est soudain pris d’assaut par une crĂ©ature de l’enfer. Elle sent la pression de son bras faiblir ; disparaĂźtre – elle aurait pu rĂȘver si la douleur et la marque rouge n’étaient pas prĂ©sentes. Si le sang n’avait pas giclĂ©. Si, une fraction de minutes et quelques jurons plus tard, elle n’avait pas vu dans la rĂ©verbĂ©ration la lame briller. NON ! » Elle hurle, le souffle au bout du coeur, mais cela ne sert Ă  rien. Tout se passe trop vite, elle est encore sous le choc, elle n’a pas le temps de faire quelque chose – comme balancer son petit sac dans la tronche du type. Type qui finit par prendre ses jambes Ă  son cou. Et son regard bleu encore effrayĂ© se perd sur le seul autre vivant de la sinistre piĂšce – le chien. Car il s’agit d’un chien, pas d’un monstre. Chien qui vient de certainement lui sauver la vie. Chien qui la fixe Ă  prĂ©sent, alors qu’elle tremble, serrant son sac contre elle, reprenant son souffle alors que des deux, elle est celle qui va bien. Attends ! » Un cri, Ă  nouveau. Sa voix sort finalement avec plus de force qu’elle n’avait prĂ©vu, la faisant sursauter. Attends. Esther se mord la lĂšvre, ses yeux vissĂ©s sur le chien qui, traĂźnant, la quitte pour repartir dans l’ombre. Attends. Mais attendre quoi au juste ? Esther, lentement, inspire. Tente un pas. Un second. Essaie de le suivre. Attends. Parce que, comme elle, il tremble. Parce qu’enfin son cerveau se rĂ©oxygĂšne et qu’elle remarque son Ă©tat – parce qu’enfin elle prend conscience de ces marques qui gouttent sur le sol, faisant reluire le parvis de sang – celui de l’homme autant que celui du chien. Attends. Comme si le chien pouvait comprendre. Stupide. Attends-moi 
 » reprend t-elle, pourtant, d'une voix plus douce. Vibrante. Elle n’est pas rationnelle. Qu’importe. N’importe qui d’autre serait reparti en courant. Elle, elle peine Ă  avancer. Il pourrait la mordre. Il pourrait l’attaquer. N’est-il pas tout droit sorti de la nuit, sa gueule pleine de sang ? Il pourrait la tuer, s’il le voulait. S’il l’avait voulu. Pourquoi alors ? S’il te plaĂźt 
 Doggy ? ... Je ... » Esther reprend son souffle, alors que sa vue se brouille. Le contrecoup du choc, sĂ»rement ; voilĂ  que des larmes ravagent sa vision peu Ă  peu, larmes qu’elle tente de refouler, de virer Ă  coup de gestes frustrĂ©s. Parce qu’elle n’a rien vu venir. Ni le type. Ni le chien. Le chien qui s’en va 
 Elle ne peut pas le laisser partir. Pas comme ça. Pas dans son Ă©tat. Reste, s’il te plaĂźt. Je 
 J’ai des biscuits ! » Elle lance comme ça, inspirant Ă  nouveau sans quitter l’animal des yeux, sans plus pouvoir avancer – parce que ses jambes ne la supportent plus, tout simplement - et ce n’est pas Ă  cause du froid. Elle a conscience qu’elle est certainement pitoyable. Cela pourrait la faire rire. Les gens du coin vont se dire qu’elle est devenue folle, Ă  parler ainsi Ă  la nuit, les yeux embuĂ©s, ses cheveux dans tous les sens, mais 
 Mais qu’importe. Esther s’accroupit, son manteau s’ouvre un peu. Elle frissonne Ă  cause de l’air glacĂ© mais ses mains tremblantes s’activent pour attraper son sac et chercher ses sucreries. Elle en a toujours sur elle, au cas oĂč. Cela fait sourire les gosses. Par miracle, elle parvient Ă  les dĂ©nicher et, toujours avec ces gestes maladroits et tremblants, elle les sort du paquet avant de les tendre. Les tendre. Pas les lancer. Les tendre 
 PitiĂ© faites qu’il ne soit pas parti. Tu ... Dois avoir faim, pas vrai ? » LĂ , quelque part, au-delĂ  de la brume et des ombres, son cerveau tourne Ă  toute vitesse. Une question logique reste, tourne au boucle, pourtant sans cesse rejetĂ©e. Esther, qu’est-ce que tu fais ?CODAGE PAR AMIANTE_________________Esther murmure en de104d Lazarus O'DohertyWatch this madness burning out the way Sous-espĂšce Walker Berger MalinoisCapacitĂ© particuliĂšre //Sur l'Ăźle depuis Quelques mois dĂ©but 2021Situation maritale un mariage jamais vraiment terminĂ© et une douce blonde en train de lui voler son coeurJob aucun encore, le temps de se remettre de ses Ă©motionsQG RĂ©apparu en Ecosse, il erre Ă  Edimbourg depuis que la brume l'a recrachĂ©Alignement neutre, il veut juste la paix pour lui et les siensCopyright //Messages 13Date d'inscription 01/05/2021Sujet Re [Edimbourg] Je suis comme le roi d'un pays pluvieux ★ Mer 7 Juil - 035 Une destinĂ©e un peu funĂšbre quand t'as personne sur qui compter; caresser les tĂ©nĂšbres c'est peut-ĂȘtre apprendre Ă  les dompterthe song & the song & the songft Esther McGuinnessIl la fixe, grands yeux sombres qui reflĂštent la lumiĂšre pĂąle de cette nuit trop sombre, comme deux miroirs qui rappellent que cette carcasse sur pattes est encore hantĂ©e. Sa langue rose passe sur ses babines, lapant le sang qui coagule dĂ©jĂ  sur l’email pĂąle. Il n’est pas Ă©tranger au goĂ»t vaguement mĂ©tallique qui lui reste sur les papilles. S’ébrouant dans un couinement Ă©touffĂ© quand l’estafilade s’étire sous le mouvement, il tourne les talons et reprend en clopinant son chemin dans la pĂ©nombre. Un cri dans son dos le fait s’immobiliser. Il tourne la tĂȘte, interloquĂ© par cette petit chose humaine qui s’agite dans tous les sens et bredouille des mots que ce qui lui reste d’humain comprend inconsciemment. Il s’est retournĂ© et est revenu sur ses pas, Ă©mergeant du brouillard tel une crĂ©ature de lĂ©gende. Il fait un pas dans sa direction, la bĂȘte qui un instant plus tĂŽt dĂ©chiquetait l’avant-bras d’un colosse devenue soudain hĂ©sitante, la tĂȘte basse. Une partie de son instinct lui hurle de repartir dans l’autre sens; il a tellement acquis le rĂ©flexe que la main humaine n’apporte que de la violence qu’il ne sait comment rĂ©agir Ă  la douceur. Mais quand elle dĂ©gaine les friandises et que leur fumet vient lui caresser la truffe, son estomac se tord faim est devenue une compagne de tous les jours. Elle le tenace nuit et jour, sans rĂ©pit, ne s’apaisant jamais des maigres restes qu’il chaparde, parfois au fruit de combats qui le laissent plus balafrĂ©s que repu. Un geste soudain plus brusque de l’humaine, un mot prononcĂ© avec plus de vigueur, et la bĂȘte s’aplatĂźt au sol dans un gĂ©missement, rĂ©pondant Ă  un code si profondĂ©ment ancrĂ© que mĂȘme sa psychĂ© fracassĂ©e est encore capable de le saisir. Son attention toute entiĂšre tournĂ©e vers les gestes de la jeune femme, la bĂȘte n’est pas Ă  l’aise, mais la main qui tend le biscuit est si tentante. Il hĂ©site, se relĂšve Ă  demi, se raplatit au sol dans un gĂ©missement, torturĂ© entre son instinct terrifiĂ© et sa famine douloureuse. La main soudain s’approche trop, et un grognement lui monte des cordes vocales, aussitĂŽt suivie d’un couinement. Il lĂšve vers l’humaine des grands yeux inquiets, trahissant comme seul peut le faire le regard d’un chien tout le conflit intĂ©rieur qui le tenaille. Finalement, rassemblant enfin tout le courage de la noble race qui est la sienne, il avance ventre Ă  terre jusque’à la main, attrape le biscuit d’un grand coup de langue sur la paume familiĂšre, et dĂ©tale ventre Ă  terre, son butin dans les crocs. Le brouillas l’absorbe une nouvelle fois, le soustrayant Ă  ce regard clair pareil Ă  aucun autre. Il a perdu l’habitude de la bienveillance humaine, et ne plus comment y rĂ©agir. Le biscuit est Ă  l’image de celle qui lui a fait cette offrande magnifique. Doux, sucrĂ©, chaleureux. Comme une caresse dans un monde qui n’a Ă©tĂ© jusqu’ici que violence. Il sent la maison, et rĂ©veille l’écho lointain de quelque chose qu’il a oubliĂ©. Son larcin consommĂ©, il hĂ©site un instant, Ă  l’abri de la nuit. Puis, mĂ» par un inexplicable instinct, il Ă©merge de nouveau, s’asseyant par terre Ă  deux bons mĂštres de la jeune femme, langue pendante. Et penche lĂ©gĂšrement la tĂȘte en l’observant. Et juste comme ça, le prĂ©dateur rachitique de l’instant d’avant devient le toutou Ă©garĂ© depuis trop longtemps; son regard doux mais perplexe fixĂ© sur la blonde, attendant qu’elle fasse le prochain pas dans cette Ă©trange danse qu’ils s’apprĂȘtent Ă  mener. CODAGE PAR AMIANTE Esther McGuinnessWatch this madness burning out the way CapacitĂ© particuliĂšre L'art de survivreSur l'Ăźle depuis Juillet 2020Situation maritale CĂ©libataireJob InfirmiĂšreCommunautĂ© Sans communautĂ© Ă  l'heure actuelleQG Edimbourg, Nord d'AlbionAlignement NeutreCopyright / Tumblr / BazzartDCs Riley O'Doherty ★ Alec Gudrunarson ★ Lyov Van Wesel ★ Elizabeth Donovan ★ Zebadiah H. Dockery ★ Nyx Somerset ★ Archibald Eros » RossiMessages 17Date d'inscription 27/03/2021Sujet Re [Edimbourg] Je suis comme le roi d'un pays pluvieux ★ Dim 11 Juil - 1647 Le teint blafard abĂźmĂ© par la vie, habitĂ© par le doute, J'avance plein phares dans la nuit pour te trouver sur ma routethe song ⚝ Lazarus O'DohertyLa question tourne, sans trouver rĂ©ponse ; figĂ©e dans sa tĂȘte, figĂ©e dans son corps. Tendue, elle-mĂȘme est Ă©bahie par sa propre tĂ©mĂ©ritĂ© - par cette folie qui la prend soudain toute entiĂšre, lui arrachant les commandes de chaque verbe Ă©mis, dĂ©cidant de chaque espoir non prononcĂ©. Reste. S’il te plaĂźt. Ne me laisse pas seule. Pas par sa peur, tremblante encore de choc, elle peine Ă  garder sa main bien Ă  plat en Ă©vidence. Les mĂšches de ses cheveux blonds fous collĂ©s devant ses yeux ne cachent cependant pas la peine qui traverse ses iris, et elle en vient Ă  espĂ©rer que la nuit empĂȘchera le chien de voir son Ă©tat pitoyable. Parce qu’elle a tout d’un chaton Ă  demi noyĂ© de froid qui peine Ă  se remettre d’un Ă©tat de terreur qui n’a pourtant durĂ© que quelques minutes Ă  que la lune sera clĂ©mente avec elle, oui. Mais cela n’empĂȘchera pas le cabot de sentir les phĂ©romones que son corps dĂ©gage. Qu’elle le veuille ou pas, elle ne pourra pas lui mentir. Comme si elle savait, de toute façon. Elle n’en a pas encore conscience, mais elle ne le pourra jamais. Stupide inspire, pourtant. Doucement. Et chaque respiration est douloureuse Ă  souhait, car elle sent chaque cĂŽte vibrer Ă  chaque souffle Ă©mis. Vraiment. Qu’es-tu en train de faire ? Qui crois-tu impressionner ? Comme s’il allait rester. Comme s’il allait comprendre. Ce n’est qu’un chien. Un chien errant. SĂ»rement dangereux. Tu as vu comme il a bondit ? Comme ses dents ont dĂ©chirĂ© les chairs ? Laisse-le partir, Esther. Laisse-le rentrer dans les ombres, son endroit familier. Tu as vu son Ă©tat ? Tu as vu le tien ? Tu ne peux rien pour lui. Pars. Rentre-chez toi. Tout ça, c’est ce qu’elle se dit. Ce qui traverse son esprit malade, aveuglĂ©, inconscient. Esther serre les dents pourtant. Elle serre les dents, en silence, et elle attend. Elle attend qu’un nouveau miracle se produise, lĂšvres pincĂ©es, yeux rivĂ©s sur ce corps amaigri qui dĂ©chire son cƓur plus que tout ce qu’elle a pu traverser. Non. Non, je refuse de le laisser. Parce qu’il a besoin de moi. Elle ne sait pas mentir aux autres, c’est certain. Pourtant, elle sait trĂšs bien se mentir Ă  elle-mĂȘme. De ça aussi, elle en a conscience. Et ça l’irrite. Parce que tu es Ă©goĂŻste, Esther. Avoue-le. Il n’a pas besoin de toi. C’est toi qui a besoin de Elle a besoin de lui. Aujourd’hui plus que jamais. Et peut-ĂȘtre est-ce pour cela que le second miracle se produit, finalement. Parce que le chien s’est arrĂȘtĂ©. Mieux. Le chien s’est retournĂ© vers elle et a repris sa route, pour la retrouver. La rencontrer. Se figer, Ă  quelques mĂštres douloureux. La fixer, alerte et grogner soudain, parce que sous la surprise elle a eu un geste tremblant, maladroit, brutal. Un sursaut d’ñme. Elle s’est mordue les lĂšvres presque au sang en se traitant d’abrutie et s’est arrĂȘtĂ©e de respirer ensuite. EspĂ©rant. Le sang battant dans ses tempes l’empĂȘchant de penser. Sa vision s’est troublĂ©e un peu plus de larmes qu’elle a peinĂ© Ă  contenir, parce qu’aprĂšs un temps Ă  tergiverser et un moment douloureux Ă  lutter, il est finalement venu chiper le biscuit avec cette dĂ©licatesse qui a broyĂ© ce qui restait de peur en elle pour la remplacer parce quelque chose de plus dĂ©testable encore. De la haine. Car voir le chien dans un tel Ă©tat l’a rendue malade et elle s’est surprise Ă  subitement ressentir une nouvelle force germer en elle. Cette Ă©motion familiĂšre car dĂ©jĂ  connue en son coeur, elle l’offre Ă  prĂ©sent ceux qui s’en sont pris Ă  cette pauvre crĂ©ature. Parce que si ce chien est un tueur, il n’a certainement pas dĂ©cidĂ© de l’ĂȘtre par plaisir au dĂ©part. Pas quand elle repasse en boucle ce moment de lutte, ce combat contre lui-mĂȘme, de la mĂȘme maniĂšre qu’elle lutte contre elle-mĂȘme Ă  l’heure prĂ©sent, la voilĂ  qu’elle pleure. Comme un voleur, le chien est reparti, et Esther ne peut plus qu’offrir un couinement Ă©touffĂ©, les larmes dĂ©valant ses joues tandis qu’elle s’effondre pour de bon, sa main humide de bave dĂ©sormais serrĂ©e sur sa cuisse. Elle reste lĂ , un moment. Une minute. Peut-ĂȘtre plus. VoilĂ . Tu es contente ? Tu as fais ce que tu as pu, et voilĂ  le rĂ©sultat. Maintenant, reprends-toi. Rentre. .Elle s’en veut, Esther. Elle s’en veut de ses propres silences, de cette incapacitĂ© constante Ă  ĂȘtre elle-mĂȘme trop coincĂ©e et trop fragile, livrĂ©e Ă  elle-mĂȘme dans ces moments de dĂ©tresse. Elle inspire pourtant. Renifle. Fixe la paume de sa main avec un regard insondable et, de sa main valide couverte d’un mĂ©lange de terre, de gravier de sang qui ne lui appartient pas, sĂšche ses larmes avec la force qui lui reste. Le froid la fait frissonner encore, et c’est ce qui la pousse Ă  relever le nez. Mais tu le sais, au fond de toi, pas vrai ? Que les miracles existent. Parce que ce chien est Ă  l’image de tes idoles aurĂ©olĂ©s que tu as perdu dans l’autre monde. Un protecteur fĂ©roce, apparu comme par magie, qui ne te fera pas es un bon chien, n'est-ce pas ? » croasse-t-elle quand son regard croise le sien Ă  nouveau, subjuguĂ©e, tandis qu’un poids quitte sa poitrine malmenĂ©e. Elle respire avec difficultĂ©, Esther. FĂ©brile et gelĂ©e, elle reste pourtant quelques secondes de plus par terre, le temps que sa gorge accepte de nouveau les goulĂ©es d’air qu’elle force. Le temps que son palpitant se calme. Que ses Ă©motions s'apaisent. Parce qu'il est revenu. Il est revenu et, enfin, le voilĂ  Ă  ressembler Ă  la beautĂ© qu’il est censĂ© ĂȘtre un chien, certainement affectueux, qui la fixe comme dans ces tableaux amusants ou futur maĂźtre et futur chien se toisent avant d’échanger en un accord silencieux le plus beau des sacrements. Oui ... Tu es un gentil chien et pas ... Tu n'es pas un monstre, je le sais. ... S'il te plait, ne ... Ne sois pas effrayĂ©. Je ... Je ne te ferais pas de mal. » Elle reprend, d’une voix un peu plus forte, un peu plus affirmĂ©e, mais toujours aussi Ă©trangement douce, avant de se figer. Parce que quelque chose sonne faux. Comment peut-elle, elle, une Ă©trangĂšre, lui promettre pareille chose ? Il ne la croira es folle, Eshter. Mais peut-ĂȘtre est-ce justement pour ça qu’il est encore lĂ  et, Ă©trangement, c’est un petit, tout petit sourire qui Ă©merge sur ses lĂšvres. Et c’est avec toute la lenteur qu’elle peut qu’elle attrape de nouveau son sac pour chercher tous les autres biscuits qu’elle possĂšde, la trace de ses larmes sĂ©chant dĂ©sormais sur ses joues ... J'en ai quelques autres mais 
 Ca ne va pas te nourrir correctement, tu sais ? 
 Je ... J'ai quelque chose de mieux ... Ă  la maison. ... Si tu veux. » Elle reprend, relevant les yeux vers lui, avant d’inspirer Ă  fond. Dans son cerveau, une nouvelle lumiĂšre se fait, qui Ă©crase sa partie critique complĂštement. Elle sait ce qu’elle va faire. Mais cela implique qu’il faut qu’elle se lĂšve. Alors, lentement, elle pose un nouveau biscuit devant elle 
 Puis c’est ce qu’elle fait. Doucement. Son corps se dĂ©plie, se redresse. Ses genoux sont Ă©corchĂ©s, mais elle n’en a que faire. Elle grimace simplement, ses jambes tremblent encore mais dĂ» au froid et sa position inconfortable. La peur qui reste, c’est celle qu’il disparaisse encore. Esther relĂšve le nez pour fixer le biscuit, puis le chien. Viens avec moi. », murmure-t-elle, avant de faire un pas en arriĂšre. Puis un autre. Lentement. Sans se dĂ©tourner de lui. Continuer de reculer, jusqu’à ce que, Ă  une distance raisonnable, elle lĂąche un nouveau biscuit devant ses pieds et s’arrĂȘte, le fixant, son coeur se remettant Ă  battre, son souffle s' te plait, doggy ... Laisse-moi t'offrir une PAR AMIANTE_________________Esther murmure en de104d Contenu sponsorisĂ©Watch this madness burning out the waySujet Re [Edimbourg] Je suis comme le roi d'un pays pluvieux ★ Page 1 sur 1Permission de ce forumVous ne pouvez pas rĂ©pondre aux sujets dans ce forum Riche, mais impuissant, jeune et pourtant trĂšs vieux, Qui, de ses prĂ©cepteurs mĂ©prisant les courbettes, S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bĂȘtes. Rien ne peut l'Ă©gayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade Ne distrait plus le front de ce cruel malade ; Son lit fleurdelisĂ© se transforme en tombeau, Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau, Ne savent plus trouver d'impudique toilette Pour tirer un souris de ce jeune squelette. Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu De son ĂȘtre extirper l'Ă©lĂ©ment corrompu, Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent, Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent, Il n'a su rĂ©chauffer ce cadavre hĂ©bĂ©tĂ© OĂč coule au lieu de sang l'eau verte du ce poĂšme, pas vous ? I- LE PARADIS PERDU L'enfance Les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus », Ă©crira Proust. Baudelaire, mĂȘme dans les phases les moins optimistes de sa vie, ne croyait pas que l'enfance fĂ»t un paradis tout Ă  fait perdu. Rien, note-t-il vers 1860 Ă  propos de Constantin Guys, ne ressemble plus Ă  ce qu'on appelle l'inspiration, que la joie avec laquelle l'enfant absorbe la forme et la couleur. J'oserai pousser plus loin... L'homme de gĂ©nie a les nerfs solides ; l'enfant les a faibles. Chez l'un, la raison a pris une place considĂ©rable ; chez l'autre, la sensibilitĂ© occupe presque tout l'ĂȘtre. Mais le gĂ©nie n'est que l'enfance retrouvĂ©e Ă  volontĂ©. » Pour Proust, la perte de l'enfance est dĂ©finitive et irrĂ©mĂ©diable. Tout au plus l'artiste a-t-il le privilĂšge de rappeler par la mĂ©moire l'enfant qu'il Ă©tait. Pour l'adulte, les fleurs ne sont plus de vraies fleurs, parce qu'il a perdu Ă  jamais le pouvoir de s'Ă©tonner. De ce pouvoir, l'artiste, selon Baudelaire, dispose encore. C'est un capital dont il est devenu conscient au pouvoir d'Ă©merveillement qui lui est restĂ©, il a ajoutĂ© ces acquisitions de l'Ăąge adulte que sont les dons d'analyse et d'organisation. Ainsi l'enfance retrouvĂ©e Ă  volontĂ© » pourra s'Ă©panouir en Ɠuvres. Si peu enclin qu'il fut aux confidences directes, Baudelaire a tout de mĂȘme Ă©voquĂ© XCIX, Je n'ai pas oubliĂ©... le souvenir de l'enfance heureuse entendons avant le remariage de sa mĂšre. Ce poĂšme, d'ailleurs trop ancien pour ĂȘtre marquĂ© du vĂ©ritable sceau du poĂšte, reflĂšte une Ă©motion trĂšs vive - tout comme le suivant, consacrĂ© au souvenir de Mariette, la servante au grand cƓur ». La maison de Neuilly et la chĂšre Mariette appartenaient Ă  l'univers d'avant la faute, et si dans le poĂšme C on voit poindre un reproche, que Baudelaire adressait Ă  sa mĂšre, c'est que le poĂšte est conscient d'ĂȘtre seul Ă  estimer le prix du paradis perdu Mais le vert paradis des amours enfantines, Baudelaire l'a Ă©voquĂ© avec la force du gĂ©nie dans MƓsta et errabunda » LXII. Le poĂšme est dĂ©diĂ© Ă  une certaine Agathe, et il est effectivement rangĂ©, par sa place dans le recueil, dans la catĂ©gorie des inspirations diverses ». Faut-il appliquer Ă  cette inconnue le titre latin, qui signifierait alors triste et errante » ? Ou faut-il prendre les deux adjectifs pour des neutres, choses tristes et errantes », c'est-Ă -dire quelque chose comme autant en emporte le vent » ? Dans le premier cas, on saisit qu'Agathe n'a fait que traverser la vie de Baudelaire ; dans le second, que ce sont des propos de bal. Car les strophes de MƓsta et errabunda » ont le rythme de la valse, et, ce mouvement circulaire, le cinquiĂšme vers, qui rĂ©pĂšte le premier, ramĂšne les danseurs au point de dĂ©part. Il est clair qu'Agathe s'est, autant que le poĂšte, Ă©loignĂ©e de l'innocence de l’enfance, et ils peuvent l'un et l'autre regretter le vert paradis » Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs Et l'animer encor d'une voix argentine, L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs ? Pour que le poĂšme puisse sĂ©crĂ©ter sa fine mĂ©lancolie, il fallait que la question restĂąt sans rĂ©ponse. La notion de paradis perdu est d'une ambiguĂŻtĂ© fondamentale, car on peut Ă  volontĂ© mettre l'accent sur le premier mot ou sur le second. Et il est Ă©vident que Baudelaire et Agathe -les trois premiĂšres strophes nous le montrent - sont plongĂ©s dans la dĂ©tresse quand ils regardent la rive Ă©merveillĂ©e de l'enfance. L'Ăąge d'or Leconte de Lisle et d'autres contemporains de Baudelaire ont vu dans le paganisme grec la jeunesse du monde, qu'hĂ©las !la notion chrĂ©tienne du pĂ©chĂ© est venue ensuite assombrir. Selon cette conception, le monde autrefois Ă©tait jeune et beau, les instincts s'y Ă©panouissaient dans une libertĂ© heureuse, tous les ĂȘtres y vivaient dans l'harmonie. Chez Baudelaire, l'idĂ©al tahitien » de la libertĂ© sexuelle qui s'exprime dans la GĂ©ante XIX procĂšde d'une inspiration trĂšs voisine. Certes, la vision paĂŻenne d'un monde ignorant du pĂ©chĂ© c'est plutĂŽt l'Ăąge d'or de Virgile et d'Ovide que la version biblique de l'humanitĂ© avant la faute peut Ă©tonner dans le contexte des Fleurs du Mal, qui est celui d'un monde fondamentalement marquĂ© par le pĂ©chĂ©. Mais la contradiction n'est qu'apparente. Si la beautĂ©, l'harmonie et la force Ă©taient Ă  l'origine du monde, c'est que les choses n'ont pu ensuite que se dĂ©grader. Et le mythe passĂ©iste qu'il se situe ou non dans un contexte paĂŻen s'oppose trĂšs exactement au mythe du progrĂšs, que Baudelaire n'a cessĂ© de pourfendre. La vie antĂ©rieure Cependant Baudelaire ne s'est pas contentĂ© d'exprimer cette vision du bonheur. Elle se double pour lui d'un sentiment de dĂ©jĂ  vu », de la certitude confuse d'une participation personnelle. D'abord parce que, comme Nerval, et peut-ĂȘtre en partie sous son influence, il est habitĂ© par une mĂ©moire libĂ©rĂ©e de la chronologie, en quelque sorte intemporelle J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans nous confie-t-il dans le second SPLEEN LXXVI, qui commence par ce vers. Et prĂ©cisĂ©ment l'abondance de ces souvenirs n'est concevable que dans la mesure oĂč le poĂšte a vĂ©cu d'autres existences. D'autres existences, mais des existences heureuses. Cette prĂ©cision, qui ne va pas de soi, est ici capitale. La rĂ©miniscence baudelairienne, comme celle de Platon1, est liĂ©e Ă  l'idĂ©e d'un bonheur ancien, puisĂ© aux sources de l'Ăąme et oĂč l'Ăąme aspire naturellement Ă  retourner. L'admirable poĂšme de la Vie antĂ©rieure XII trouve dans ce cadre son explication. Le poĂšte se souvient d'un paysage selon son Ăąme. Il y goĂ»te des voluptĂ©s calmes. Et l'on voit bien que les deux aspects qu'il prĂ©sente sont importants le fait d'y avoir vĂ©cu, et le contraste absolu entre cette vie antĂ©rieure » et la vie moderne. Cette hantise d’un autrefois oĂč le poĂšte Ă©tait exempt de soucis matĂ©riels, oĂč le sens de l'utile ne venait pas corrompre la beautĂ©, oĂč tout Ă©tait mis en Ɠuvre Ă  seule fin de lui faire approfondir le secret douloureux » ne traduit pas seulement l'aspiration du poĂšte Ă  percer le mystĂšre de son ĂȘtre. Il est remarquable que l' ailleurs »soit d'abord un jadis ». II- LE THEME DE L’AILLEURS Si le poĂšte aspire Ă  un autre monde, c'est que ce monde-ci n'est pas sa patrie vĂ©ritable. L'Ăąme ici-bas est en exil, d'oĂč l'importance du thĂšme de l'exil chez Baudelaire exil d'Andromaque, exil du cygne LXXXIX, exil de l'albatros II, qui est l'exil mĂȘme du poĂšte. La recherche d'un ailleurs traduit donc l'aspiration Ă  la patrie vĂ©ritable, aspiration tantĂŽt paisible, tantĂŽt furieuse any where out of the world, n'importe oĂč hors du monde titre d'un petit poĂšme en prose ». De cette tendance il rĂ©sulte que chez Baudelaire toute recherche est en mĂȘme temps une Ă©vasion. L'Ă©vasion par les sens Dans les Fleurs du Mal l'amour sensuel est tout entier contenu, nous l'avons vu, dans le cycle de Jeanne Duval de XXII Ă  XXXIX. Dans ce cadre, il y a place pour des tons divers et des inspirations bien diffĂ©rentes, comme le reproche, le remords, la colĂšre. Mais la poĂ©sie des sens brille d'un Ă©clat incomparable dans les deux premiers poĂšmes du cycle, Parfum exotique » et la Chevelure ». Les seins ou les cheveux de la VĂ©nus noire sont le point de dĂ©part d'un voyage vers des rivages heureux ou de charmants climats qui sont assimilĂ©s, dans le second poĂšme, Ă  ceux de l'Asie et de l'Afrique. La grande originalitĂ© de Baudelaire, c'est de faire partir son imagination du sens de l'odorat. Ainsi, l'image traditionnelle chevelure-forĂȘt est elle-mĂȘme renouvelĂ©e, amplifiĂ©e Ă  l'extrĂȘme par l'adjectif aromatique. Et si les tresses suscitent la houle, c'est moins par le truchement de la vue que du toucher. Qu'importe, puisque la grande image de la mer, du voyage exotique est par lĂ  dĂ©clenchĂ©e. Mais c'est l'odeur des lourdes tresses qui triomphe avec les senteurs confondues De l'huile de coco, du musc et du goudron. En somme, la prĂ©dominance de l'odorat favorise la fusion de tous les sens, conformĂ©ment Ă  la doctrine des correspondances, et le parfum entĂȘtant des noires tresses conduit, dit le poĂšte, Ă  Un port retentissant oĂč mon Ăąme peut boire A grands flots le parfum, le son et la couleur. Le voyage sentimental Comme le cycle de Jeanne, le cycle de Marie Daubrun fait succĂ©der, mais sur un tout autre registre, l'amer au doux et le doux Ă  l'amer. U oĂč rĂ©sonne le mieux la note heureuse, c'est encore dans la recherche d'un ailleurs», ou plus exactement d'une Invitation au voyage LIII. L'origine et la clĂ© du poĂšme se situent, non plus dans une chevelure, mais dans les yeux verts de Marie. Leur Ă©clat voilĂ© suggĂšre au poĂšte un paysage nordique, lumineux et humide. La Hollande n'est pas nommĂ©e dans le poĂšme elle l'est dans son Ă©quivalent en prose XVII, mais les allusions sont tout Ă  fait claires. D'abord parce que c'est Ă  travers ses peintres que le poĂšte imagine la chaude lumiĂšre d'un pays oĂč il n'est pas allĂ©. Mais surtout le mobilier, les fleurs, le commerce avec l'Orient, les canaux, la propretĂ© mĂ©ticuleuse sont autant de dĂ©tails significatifs, on dirait mĂȘme assez conventionnels, si l'originalitĂ© de la vision ne les transcendait. Car la qualitĂ© de la vision, elle est bien dans cet ailleurs » oĂč nous appelle le voyage sentimental dans "Invitation au voyage" LĂ , tout n'est qu'ordre et beautĂ©, Luxe, calme et voluptĂ©. Elle est dans la rĂ©gion platonicienne oĂč se situe l'origine de l'Ăąme. Tout y parlerait A l'Ăąme en secret Sa douce langue natale. Elle est surtout dans l'harmonie rĂȘvĂ©e par le poĂšte entre des yeux de femme et un paysage, entre un Ă©tat d'Ăąme et un rythme, le rythme impair auquel on doit cette exceptionnelle rĂ©ussite. Le vin Le thĂšme du vin n'a Ă©videmment pas revĂȘtu, dans les Fleurs du Mal la forme traditionnelle de la chanson Ă  boire. Mais, traditionnellement, boire, c'est aussi chercher Ă  oublier. Le vin ne pourrait-il, chez Baudelaire, signifier Ă©vasion ? Le problĂšme pourrait ne pas ĂȘtre aussi simple. De l'ivresse vulgaire Ă  l'exaltation dionysiaque, on voit sans peine le rĂŽle que Baudelaire eĂ»t pu attribuer au vin pour s'Ă©vader du monde rĂ©el, sans parler des prolongements possibles vers les paradis artificiels». Avant d'Ă©crire prĂ©cisĂ©ment les Paradis artificiels, Baudelaire n'avait-il pas publiĂ© Du vin et du haschisch comparĂ©s comme moyens de multiplication de l'individualitĂ©? Avouons que cet aspect apparait peu dans Les Fleurs du Mal. Le poĂšme CVI, le Vin et l'assassin », est mĂȘme une condamnation de l'ivresse, considĂ©rĂ©e sous sa forme grossiĂšre. Mais les autres poĂšmes du cycle du vin, l'exception toutefois du Vin des amants », expriment joie, rĂ©confort, apaisement, comme le remarque Antoine Adam, et non pas Ă©vasion. Ces poĂšmes, qui sont anciens, ont Ă©tĂ© Ă©crits avant que Baudelaire ait conçu le titre et le plan des Fleurs du Mal, avant qu'il ait dĂ©finitivement optĂ© pour une vision pessimiste du monde. Ils correspondent Ă  une Ă©poque oĂč il frĂ©quentait Courbet, Proudhon et Pierre Dupont et partageait l'espoir des rĂ©volutionnaires de 1848 en un monde meilleur. Dans ces milieux, note Antoine Adam, il existait une tradition qui cĂ©lĂ©brait dans le vin l'insigne bienfait de Dieu aux travailleurs, le consolateur du pauvre, le rĂ©confort salubre des malheureux ». Peut-ĂȘtre ne faut-il pas exagĂ©rer la nuance qui sĂ©pare consolation et rĂ©confort d'Ă©vasion. Baudelaire a da lui-mĂȘme la minimiser pour faire entrer les poĂšmes du vin dans le plan gĂ©nĂ©ral de son livre. Du moins Ă©tait-il intĂ©ressant de poser le problĂšme, pour constater qu'un poĂšme au moins CVII, le Vin des amants » vante le vin pour l'accĂšs qu'il offre au monde du rĂȘve. Le rĂȘve parisien » Si toute Ă©vasion hors du rĂ©el aboutit au rĂȘve, le RĂȘve parisien en possĂšde un caractĂšre bien particulier et touche Ă  des aspects essentiels de la pensĂ©e et de la sensibilitĂ© de Baudelaire. C'est le rĂȘve d'un architecte urbaniste qui bannirait de sa composition tout Ă©lĂ©ment naturel pour savourer L'enivrante monotonie Du mĂ©tal, du marbre et de l'eau. Plus d'arbres donc, plus rien de vivant tout serait conçu selon la gĂ©omĂ©trie de l'esprit. Une lumiĂšre certes, mais qui ne devrait plus rien au soleil. Nul doute que pour Baudelaire le mĂ©rite de l'art soit de s'Ă©vader de la nature. Il l'a dit dĂšs le Salon de 1846 La premiĂšre affaire d'un artiste est de substituer l'homme Ă  la nature et de protester contre elle.» Loin d'ĂȘtre une mĂšre, ou simplement un guide, la nature est pour Baudelaire un mal. Loin de se fondre en elle, il importe d'en sortir. Et non seulement l'art est ce moyen d'Ă©vasion, mais il ne saurait se dĂ©finir que contre la nature. La mort Mais, en somme, le rĂȘve parisien » aboutit Ă  un Ă©chec, puisque le poĂšme se termine, en un violent contraste, par les deux strophes terribles du rĂ©veil. En rouvrant mes yeux pleins de flamme J'ai vu l'horreur de mon taudis... Échec de l'art donc, et de toutes les tentatives terrestres de recherche d'un ailleurs». L'amour, le vin, l'art, tout est Ă©chec. Nous ne pouvons que retrouver ici la logique interne de l'Ɠuvre, telle qu'elle a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© analysĂ©e. Anywhere out of the word! 1 N'importe oĂč hors de ce monde! Toute Ă©vasion qui ne serait pas un dĂ©part hors de ce monde serait donc illusoire ? C'est bien le thĂšme que dĂ©veloppe Baudelaire en un long poĂšme ce qui est chez lui assez rare et Ă  une place significative, Ă  la fin des Fleurs du Mal. Le dernier chapitre du livre est la Mort », et le dernier poĂšme le Voyage » CXXVI. Si l'homme est tentĂ© par le voyage, c'est qu'il a besoin d'un ailleurs. Mais trouvera-t-il ce qu'il cherche ? Non, puisqu'il ne saurait dĂ©couvrir que ce qu'il porte en lui. Et le spectacle du monde est d'une navrante uniformitĂ©. Les paysages les plus rĂ©putĂ©s sont illusoires, car c'est notre imagination qui les crĂ©e, et notre imagination se passe fort bien du voyage Baudelaire a-t-il eu besoin d'aller en Hollande pour l'Ă©voquer dans son Invitation au voyage » ?. Quant aux sociĂ©tĂ©s humaines, partout le tyran est cruel et jouisseur, partout l'esclave est vil. Il est vain de chercher des diffĂ©rences toutes les civilisations, tous les rĂ©gimes politiques, toutes les religions se valent et valent ce que vaut une humanitĂ© corrompue. Tout voyage terrestre n'est qu'agitation et divertissement. La seule Ă©vasion possible, c'est la mort. Titre donnĂ© par Baudelaire A un de ses petits poĂšmes en prose XLVIII. III- LE SPLEEN Dans le titre du premier - et principal - chapitre des Fleurs du Mal, Spleen et idĂ©al », la conjonction et » a Ă©videmment valeur d'opposition spleen » et idĂ©al » sont des notions contraires. Contraires, mais non indĂ©pendantes. C’est en effet dans la mesure mĂȘme oĂč Baudelaire a visĂ© trĂšs haut l'idĂ©al qu'il s'expose aux dĂ©ceptions et aux Ă©checs et qu'il est amenĂ© Ă  prendre en dĂ©goĂ»t l'existence. C'est pourquoi le poĂšte est l'ĂȘtre au monde le plus exposĂ© au malheur. Plus grande en effet sera l'aspiration l'idĂ©al, moins l'existence sera supportable. Ainsi le spleen peut apparaitre comme la retombĂ©e de l'idĂ©al. En d'autres termes, c'est la quĂȘte de l'absolu l'essence qui rend l'existence difficile. Le spleen ne serait-il pas, en somme, cette difficultĂ© Ă  vivre ? Petite histoire du spleen Spleen en anglais signifie rate ». La mĂ©lancolie ou bile noire passait pour une sĂ©crĂ©tion de la rate, selon la thĂ©orie hippocratique des humeurs. Les deux mots sont donc, en principe, Ă©quivalents. Mais en s'Ă©loignant des racines grecques dont il tire son origine, le mot mĂ©lancolie » s'est usĂ© avec le temps et sans doute aussi par l'abus qui en a Ă©tĂ© fait au dĂ©but du romantisme. Le terme de spleen a Ă©tĂ© importĂ© en France au milieu du XVIIIe siĂšcle, notamment par Diderot qui, en lui donnant le commentaire de vapeurs anglaises », semble vouloir en respecter la spĂ©cificitĂ© britannique. A l'Ă©poque romantique le mot est d'un usage plus frĂ©quent pour dĂ©signer un ennui sans cause et un dĂ©goĂ»t gĂ©nĂ©ralisĂ© de la vie. C'est un terme fort, mais restĂ© assez proche du langage mĂ©dical, quand Baudelaire l'adopte pour lui confĂ©rer une dimension plus philosophique. Naturellement, la rĂ©alitĂ© qu'il Ă©voque avait Ă©tĂ© depuis long­ temps recensĂ©e sous d'autres noms. C'est le taedium vitae dĂ©goĂ»t de vivre du poĂšte latin LucrĂšce. C'est l'ennui de Pascal, qui fait de cette notion un Ă©lĂ©ment capital dans la dĂ©marche de sa pensĂ©e. L'ennui pascalien en effet, loin d'ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un accident, est prĂ©sentĂ© comme la condition naturelle de l'homme, Ă  laquelle il n'Ă©chappe, et de façon prĂ©caire, qu'en se divertissant », c'est-Ă -dire en se dĂ©tournant d'y penser. On notera que dans la derniĂšre strophe de l'avis AU LECTEUR », Baudelaire confĂšre au mot­ clĂ©, l'Ennui avec la majuscule, une violence tout Ă  fait pascalienne. Comment enfin ne pas relier le spleen baudelairien aux philosophies de l'existence ? Pour le Danois Kierkegaard 1813-1855, il s'appelle l'angoisse ce qui nous serre et, plus prĂšs de nous, il prend chez Sartre la forme de la nausĂ©e. De la mĂ©lancolie au spleen On peut dĂ©celer chez Baudelaire des formes douces » du spleen, proches si l'on veut de la mĂ©lancolie lamartinienne, parfois plus insidieuses, et des formes aiguĂ«s », plus conformes sans doute Ă  l'idĂ©e qu'on se fait des Fleurs du Mal. On voit ces deux formes cohabiter- et s'opposer- dans un mĂȘme poĂšme, Chant d'automne » LVI. La deuxiĂšme partie, Ă©clairĂ©e par la lumiĂšre verdĂątre » des yeux de Marie Daubrun, est dans le ton de l'Ă©lĂ©gie, c'est-Ă -dire d'une complainte tendre elle apporte, non pas l'espoir, mais une sorte d'apaisement dans la marche implacable vers l'hiver. Mais cette douceur n'a de sens que par rapport Ă  la duretĂ© du sonnet initial. Des quatre poĂšmes successifs qui portent le titre de SPLEEN », le premier LXXV a beau incorporer les ingrĂ©dients attendus pluie, froid, cimetiĂšre, il Ă©chappe Ă  la distinction entre formes douces et aiguĂ«s du spleen, parce qu'il procĂšde d'un art plus baroque que romantique. L'Ă©motion, comme cela Ă©clate au dernier tercet, est tournĂ©e en dĂ©rision, dĂ©viĂ©e en caricature. Il n'en reste pas moins baudelairien pour autant, mais sur un autre registre, celui de l'ironie ». Les Spleen 2 et 3 LXXVI et LXXVII commencent sur le ton de la mĂ©lancolie douce, mais pĂ©nĂ©trante. Il s'agit d'un spleen de forme insidieuse J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans pourrait ĂȘtre l’introduction d’une rĂ©miniscence heureuse voir la Vie antĂ©rieure, mais elle s'avĂšre pesante, oppressante. Et, de façon significative, la cĂ©lĂšbre statue de Memnon 1 transformĂ©e par Baudelaire en sphinx ne chante plus au lever du jour, mais au soleil qui se couche» Je suis comme le roi d'un pays pluvieux pourrait aussi bien amorcer une complainte douce, mais vite l'atmosphĂšre s'assombrit. Pour Pascal PensĂ©e 142 un roi sans divertissement est un homme plein de misĂšres ». Le roi de Baudelaire est si profondĂ©ment atteint par l'ennui que le remĂšde du divertissement » est sur lui sans effet. Le quatriĂšme poĂšme du mĂȘme titre LXXVIII, le plus cĂ©lĂšbre, nous prĂ©sente le spleen sous sa forme aiguĂ«. L'ennui philosophique y revĂȘt les symptĂŽmes terriblement physiques de l'angoisse. Le ciel bas et l'inĂ©vitable pluie crĂ©ent un univers rĂ©trĂ©ci, fermĂ© par un couvercle » et limitĂ© par des barreaux». Quand, dans ce cachot humide », se dĂ©ploie la faune des tĂ©nĂšbres, Et qu'un peuple muet d'infĂąmes araignĂ©es Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux, le cadre est construit pour faire Ă©clater l'obsession sonore des cloches et les hallucinations visuelles de la fin Et de longs corbillards sans tambours ni musique DĂ©filent lentement dans mon Ăąme ; l'Espoir, Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, Sur mon esprit inclinĂ© plante son drapeau noir. Les aspects physiques du spleen et son sens profond sont ici insĂ©parables. Mots, images et rythmes ont créé un style et un concept qui appartiennent Ă  Baudelaire Ă  jamais. La fuite du temps Quand Baudelaire Ă©crit, dans le GoĂ»t du nĂ©ant » LXXX Et le Temps m'engloutit minute par minute, nous aurions tort d'y voir un propos banal. En prenant la confidence Ă  la lettre, un lien s'Ă©tablit entre le vers isolĂ© et la personne de Baudelaire nous y devinons la tragĂ©die de l'existence et nous la situons aussit8t dans la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale des Fleurs du Mal. Il n'y a Ă  faire qu'un pas de plus remplacer minute » par seconde », et nous avons le mouvement implacable de l'Horloge. Le sentiment de la fuite du temps est un trĂšs vieux thĂšme chez les poĂštes, et il a Ă©tĂ© l'objet Ă  l'Ă©poque romantique d'une orchestration prestigieuse. Mais on a pu dire des grands romantiques que, explorant le tragique de la fuite du temps, ils prenaient le public et eux-mĂȘmes tellement Ă  tĂ©moin que la conscience qu'ils avaient de la beautĂ© de leur chant rendait moins intolĂ©rable la souffrance Ă©prouvĂ©e. Chez Baudelaire, rien de semblable. S'il se donne en spectacle, c'est devant un miroir, et sans complaisance. Le rythme de l'Horloge est implacable Ă  l'irrĂ©mĂ©diable fuite du temps, Baudelaire associe les remords de tous ordres et l'obsession de sa vie manquĂ©e. L'idĂ©e que le dĂ©sespoir trouve dans son expression mĂȘme une compensation esthĂ©tique ne nous vient pas Ă  l'esprit dans le cas de l'Horloge. Nous sommes pris. Le gouffre Pascal avait son gouffre avec lui se mouvant ... Ce n'est pas le premier rapprochement que nous ayons Ă©tĂ© amenĂ©s Ă  faire entre Baudelaire et Pascal. Dans le Gouffre » additions de 1868, XI Baudelaire cite Pascal nommĂ©ment. La vision permanente du gouffre » leur serait commune, c'est du moins ce qui est suggĂ©rĂ© dans ce sonnet qui date des derniĂšres annĂ©es du poĂšte. Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant Dessine un cauchemar multiforme et sans trĂȘve. S'agirait-il d'une forme suraiguĂ« du spleen ? Le gouffre est donnĂ© comme un aveu, Ă  vrai dire bref, car l'anecdote est rĂ©duite Ă  sa dimension mĂ©taphysique En haut, en bas, partout, la profondeur, la grĂšve, Le silence, l'espace affreux et captivant, pour dĂ©boucher sur ce regret un peu obscur dans sa formulation lapidaire Ah! ne jamais sortir des Nombres et des ĂȘtres ! Il s'agit bien d'un regret, non d'un souhait. Selon une conception plotinienne 2, le monde, un Ă  l'origine, aurait chutĂ© dans le multiple les nombres d'oĂč l'apparition des individus les ĂȘtres. Baudelaire a donc voulu dire Quel dommage de rester prisonnier de ce bas monde. En somme, le spleen a pour cause l'aspiration - insatisfaite -Ă  un impossible ailleurs ». La dĂ©composition universelle Qu'il s'agisse de l'Ɠuvre du temps, de la fragilitĂ© de la beautĂ©, de la dĂ©chĂ©ance des Petites vieilles XCI, Baudelaire Ă©voque un monde que guette la mort Et l'appareil sanglant de la Destruction La Destruction, CIX. Le thĂšme mĂ©diĂ©val de la Danse macabre c'est le titre du poĂšme XCVII illustrĂ© aussi dans le Squelette laboureur XCIV prend dans les Fleurs du Mal un caractĂšre obsĂ©dant. Mais Baudelaire ne se contente pas du traditionnel squelette. Avec un rĂ©alisme non exempt de provocation, il se plaĂźt Ă  dĂ©crire la chair en dĂ©composition. Dans un Voyage Ă  CythĂšre » CXVI l’üle vouĂ©e Ă  VĂ©nus nous offre, par un contraste savamment calculĂ©, le spectacle d'une pourriture. On notera que la description, fort dĂ©taillĂ©e, d'une charogne XXIX est faite sur le rythme 12+6 un alexandrin suivi d'un hexasyllabe, souvent utilisĂ© par les romantiques pour les complaintes sentimentales. Note 2. Pour le philosophe grec nĂ©o-platonicien Plotin 205-270, la chute dans le multiple est un des aspects du processus de dĂ©gradation. Articles liĂ©s aux Fleurs du mal de Charles Baudelaire Fiche de lecture sur Les Fleurs du Mal de Baudelaire rĂ©sumĂ© et analyse du recueil Lecture analytique Invitation au Voyage de Charles Baudelaire Le spleen de Paris, analyse du poĂšme en prose "Le vieux Saltimbanque" de Charles Baudelaire LXISPLEEN Je suis comme le roi d’un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant trĂšs-vieux, Qui de ses prĂ©cepteurs mĂ©prisant les courbettes, S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres bĂȘtes. Rien ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade Ne distrait plus le front de ce cruel malade ; Son lit fleurdelisĂ© se transforme en tombeau, Et les dames d’atour, pour qui tout prince est beau, Ne savent plus trouver d’impudique toilette Pour tirer un souris de ce jeune squelette. Le savant qui lui fait de l’or n’a jamais pu De son ĂȘtre extirper l’élĂ©ment corrompu, Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent, Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent, Il n’a pas rĂ©chauffĂ© ce cadavre hĂ©bĂ©tĂ© OĂč coule au lieu de sang l’eau verte du LĂ©thĂ©. Je suis comme le roi d’un pays pluvieux,Riche, mais impuissant, jeune et pourtant trĂšs vieux,Qui, de ses prĂ©cepteurs mĂ©prisant les courbettes,S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon,Ni son peuple mourant en face du bouffon favori la grotesque balladeNe distrait plus le front de ce cruel malade ;Son lit fleurdelisĂ© se transforme en tombeau,Et les dames d’atour, pour qui tout prince est beau,Ne savent plus trouver d’impudique toilettePour tirer un souris de ce jeune savant qui lui fait de l’or n’a jamais puDe son ĂȘtre extirper l’élĂ©ment corrompu,Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,Il n’a su rĂ©chauffer ce cadavre hĂ©bĂ©tĂ©OĂč coule au lieu de sang l’eau verte du LĂ©thĂ©.

je suis comme le roi d un pays pluvieux